Propagande et contre-propagande
Histoire de contrebalancer un peu le déluge de propagande oui-ouiste (lire plus bas), voici une analyse lucide du Traité Consitutionnel Européen tel qu'il nous est proposé à l'acceptation par référendum. Comme le texte est un peu long (mais très lisible) et scindé en parties, je détaille le plan ici avec des liens vers chaque partie :
- Traité ou constitution; le contexte politique
- Plan et esprit du Traité Constitutionnel
- Le cas de la directive Bolkestein
- Architecture constitutionnelle, révisabilité : un déficit de démocratie
- Dépendance militaire, dépendance économique, Turquie
- Conclusion et remarques sur l'hégémonie oui-ouiste
Pour revenir sur le déluge de propagande oui-ouiste, je suis tombé sur cet article analyse du Monde, qui est un bon exemple de ce qui se déverse sans discontinuer dans tous les médias depuis que le Non a percé dans les sondages. Je vous conseille à ce sujet d'aller parcourir le dossier du site d'Acrimed, notamment concernant l'instrumentalisation et la valeur de ces mêmes sondages.
Le Monde, donc, comme c'est la mode en ce moment, enfile les arguments rhétoriques comme des perles :
- Dramatisation et mise en perspective historique : Le 30 août 1954, après des mois de batailles acharnées, l'Assemblée nationale française rejetait la Communauté européenne de défense (CED), proposée quatre années plus tôt par la France. Ce fut comme un coup de tonnerre dans le ciel politique.
- Le coup de la France capricieuse qui ne saurait pas ce qu'elle veut : Le 29 mai, les Français se prononceront pour ou contre le traité constitutionnel à l'avènement duquel la France a contribué de façon majeure. Par la France, il faut bien sûr comprendre son ancien président, VGE, car ses citoyens n'ont été consulté ni impliqué en aucune façon dans l'élaboration du texte unique qui nous est présenté à prendre ou à laisser.
- L'inévitable rengaine qui prétend à tort que le rejet du texte le serait à cause de considérations externes, et qui n'a de consistance que dans le discours des commentateurs politiques : La mauvaise humeur et la confusion des esprits jouant leur rôle pernicieux, la probabilité d'un vote négatif ne cesse pourtant de progresser.
- Le coup de la perte d'influence de la France au sein de l'Europe; et ce sont les partisans du non qu'on accuse de se situer sur des enjeux hors de propos ! Nous deviendrions la risée des Britanniques, qui seraient alors bien capables de voter oui pour mieux nous singulariser.
- Le coup de l'impossible consensus : Il faut méconnaître les réalités européennes pour s'imaginer que nos partenaires se jetteraient à nos pieds pour replâtrer le texte dans un sens plus social, selon l'acception française du terme. Il serait impossible d'établir avec nos grands vilains partenaires Européens un texte plus social, alors que c'est pas ce que nous demandons et qu'il suffirait d'une constitution expurgée de tout politique prédéfinie, se contentant d'établir les institutions europénnes de manière démocratique, pour obtenir assez facilement un consensus, même en France le rejet de cette Constitution dépasse les clivages gauche-droite.
- Celle ci est une perle des plus brillantes : Il me semble que, si l'on s'en tenait à la communauté des analystes ou des experts, le oui l'emporterait aisément le 29 mai. Donc, les français sont des cons et on aurait mieux fait de ne pas en appeler au peuple qui n'y comprend rien. Le pire c'est que cet air est à la mode parmi les partisans du oui lorsqu'ils deviennent amers. Un bel exemple de leur attachement à la démocratie qui ne fait que renforcer mon opinion que ce texte est dangereux pour celle ci.
En second lieu, quand nous parlons de "nos idées", nous entendons souvent une conception corporatiste ou protectionniste qui est rejetée par la plupart de nos partenaires. Oui, il existe un modèle social européen, distinct du modèle anglo-saxon ou tout au moins américain, et qui mérite d'être préservé. Mais on ment en faisant croire que ce modèle consiste à empêcher les réformes de structures meilleure efficacité de la dépense publique, démantèlement des régulations et des protections injustifiées, abolition des privilèges, etc. Â et à empiler les déficits.
Là on commence (seulement) à atteindre les véritables raisons de l'attachement des partisans du oui à ce traité : l'institutionnalisation du libéralisme. On inclut dans ce texte le choix d'une politique économique pour en priver ensuite les citoyens par un effet de cliquet : pourquoi inclure dans une constitution une orientation politique qui n'a rien à y faire si ce n'est justement parce qu'elle n'est pas aussi révisable qu'on voudrait bien nous le faire croire ? Le libéralisme n'est pas, n'en déplaise à l'auteur, une fatalité inscrite dans le sens de l'Histoire, mais un choix politique qui a déjà été pris puis abandonné (crise de 1929), qui est susceptible de l'être à nouveau (parlez-en aux Argentins et à tous ces pays qui ont suivis les conseils du FMI et le regrettent amèrement) et qui doit donc rester du ressort de la simple loi.
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