(on notera que mon correcteur orthographique ne me souligne que le premier mot. Je peux me faire du fric dans un procès vous croyez ?)

Sasa dit que le maternage est une forme d’esclavage. La Fille aux craies n’est tout à fait pas d’accord, et moi qui ai horreur des conflits (à part peut être au boulot) je me trouve d’accord avec les deux articles. Et donc ni l’un ni l’autre évidemment.

Difficile de paterner déjà quand on a tout juste deux semaines en tête à tête avec son bébé avant de reprendre son boulot. J’ai bien un avis sur l’allaitement (je suis assez pour) mais dans la mesure où ce ne sont pas mes seins (enfin à part une fois où je me suis fait choper le téton alors que je venais de donner le biberon torse nu), je le considère comme purement consultatif. Et l’expérience que nous en avons tend à me faire dire que le choix et la durée de l’allaitement ne sont pas du ressort exclusif de la porteuse de seins, mais bien soumis au bon vouloir du bébé. Notre première fille n’a accepté le sein que très difficilement, puis ne voulait plus du biberon. La remise au biberon forcée à la fin du congé maternité de sa maman a été très difficile, et dès lors elle n’a plus du tout voulu du sein. Pour la deuxième, il fut suivi d’un congé parental de six mois, allaitement exclusif jusqu’à son cinquième mois et ensuite elle prenait indifféremment sein ou biberon jusqu’à ses un an.

J’ai adoré donner le biberon (un peu moins lorsque c’était la nuit et plusieurs fois par nuit bien sûr) et sentir mes bébés contre moi, et ne me suis pas senti privé pour autant lors des périodes d’allaitement exclusif. Est-ce un esclavage de la mère ? Un peu oui, surtout quand comme nous on a des bébés qui réclament toutes les deux heures et font leurs nuits très tard. Esclavage consenti en tout cas, c’était le choix de la maman et même si je l’y ai encouragé ni moi ni personne ne lui avons imposé.

Sur l’écharpe de portage, je crois me souvenir qu’on en a eu une pour la première mais qu’on n’a jamais été fichus de s’en servir. Je m’en suis servi pour la deuxième par contre, ayant eu six ans dans l’intervalle pour apprendre à maîtriser un ou deux noeuds de base. Pas exclusivement, pour les longues balades c’était poussette, malgré les trottoirs, nos six étages sans ascenseur et les transports en commun (petite joueuse va). L’écharpe me servait surtout à avoir les bras libres pour faire quelques courses avec le bébé, et surtout, surtout, à la calmer contre moi lors de ses innombrables réveils nocturnes, en écoutant du Fersen au casque. Enfin, passé le premier mois où il m’était impossible de l’extraire des bras de sa mère. Peut être parce que ce mois aurait dû être passé dans son ventre.

Les couches lavables on sait ce que c’est, vaguement, mais nous avons engraissé diverses marques de couches sans remords pendant des années. En essuyant leurs petites fesses au liniment par contre, parce que madame s’était renseigné. De manière générale, bon, presque systématiquement, c’est leur maman qui s’informe et fait tous ces choix. Non pas que je m’en fiche, mais c’est vrai que je lui fais confiance pour tout ça et m’en décharge pour une partie. Ca ne veut pas dire que je ne m’occupe pas de mes filles, loin de là, d’ailleurs je viens de faire le choix de ne pas changer de boîte (et de salaire) en partie pour avoir plus de temps à leur consacrer, mais c’est vrai que j’ai du mal à me défaire de l’idée qu’une maman sait mieux qu’un papa.

Sur la fessée, on est contre et aucune de nos filles n’a pour l’instant reçu la moindre claque ni même menace de coup. Nous n’avons pas été élevés comme ça et vu les deux spécimens d’exception que ça a donné, on ne voit pas de raison de changer. Même si il faut bien avouer que ça démange pas mal parfois, avec deux on est plus vite à bout de nerfs. En revanche je gueule copieusement, je le regrette ensuite mais c’est comme ça, j’ai du mal à accepter qu’elles ne fassent pas exactement comme je voudrais. Je dois être un dictateur refoulé. Et on les a laissé pleurer, en se forçant, parce que ce n’est pas facile. Je me souviens des chrono de dix minutes que je mettais après l’avoir mise au lit et qu’elle se taisait à neuf minutes cinquante. Laisser pleurer, ne pas laisser, je crois que comme tout le reste ça dépend beaucoup de l’enfant et son caractère. Il faut savoir s’adapter. Comme de faire appel à la nounou carrée, un peu, même si on s’était juré le contraire.

D’ailleurs je crois que ce qui m’a le plus surpris dans la parentalité, c’est de découvrir la part d’inné qu’il peut y avoir dans le caractère d’un enfant, alors que je ne m’y attendais pas du tout. De manière générale, je dirais qu’on ne peut pas se préparer à ce que c’est que d’être parent. On le vit, on fait avec et on s’adapte, et vouloir tenir le cap d’une décision préconçue m’apparait bien téméraire. En fait les termes de maternage / paternage / parentage me laissent perplexes, en dehors des pratiques qu’ils recouvrent. Pour moi il y a deux sortes de parents, ceux qui ont voulu des enfants et qui les aiment, et les autres. Et bien sûr des milliers de nuances entre les deux. Allaiter ou les nourrir aux farines animales fait une différence, mais moins que l’amour qu’ils peuvent ressentir je pense. Je dis ressentir car on peut les aimer très fort et très mal, aussi.

Est-ce qu’on peut se sentir l’esclave de son gosse ? Oui, tous les jours. Même quand on est un homme et qu’on travaille. Est-ce que je le regrette ? Non. Est-ce j’essaie quand même de m’en libérer ? Oui, même si je chouine un peu.

 

One Response to Paternage et maternage

  1. Armelle says:

    ça fait plaisir de voir un homme impliqué et qui réfléchit à la parentalité (sinon au paternage); je retiens surtout, parce que je partage : “je crois que comme tout le reste ça dépend beaucoup de l’enfant et son caractère. Il faut savoir s’adapter.”
    Voilà.