fredbird.org

Ce qui est affirmé sans preuve, peut être nié sans preuve.

-- Euclide

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Pourquoi je préfère les logiciels libres / l'open source

Je n'utilise pas MSN, mais ICQ et Jabber (jabber.org). Je n'utilise pas MS Office, mais Open Office voire Abiword. Je n'utilise pas Internet Explorer mais Firefox, pas Outlook/Outlook express mais Thunderbird, Sunbird et Psi. J'utilise Windows Je n'utilise plus Windows, mais linux (une ubuntu dapper drake). Pour ce qui est du développement, je donne la préférence à PHP sur ASP, à MySQL sur Access (pffrt)(PostgreSQL a l'air pas mal non plus), à Apache sur IIS (re-pfffrt).

On m'a demandé : Mais pourquoi détestes-tu autant Microsoft ? Et la réponse est que, surtout, je lui préfère l'open-source, voire le libre, et ce pour des raisons à la fois idéologiques et pragmatiques :

Le coût

Les logiciels libres ou open-source ne sont pas toujours gratuits, mais c'est souvent le cas et pour ce qui est des premiers, en faire une copie de redistribution est autorisé par la licence; ce qui dans le cas des logiciels propriétaires s'appelle du piratage. Quoi qu'il en soit, Un logiciel libre est gratuit une fois qu'il a été payé, ce qui signifie qu'une fois le coût de développement pris en charge, que ce soit par le développeur independant qui oeuvre bénévolement, ou par une entité salariant les développeurs, il n'y a pas de licence à payer pour l'utiliser ni pour le redistribuer. Souvent, un logiciel libre est developpé non pas pour sa distribution mais pour son usage, parce qu'il répond à un besoin particulier. Il est ensuite distribué en tant que logiciel/libre :

  • Parce que son producteur n'est pas un éditeur de logiciel
  • Parce que ça ne coûtera pas plus cher
  • Parce que cela permet de le faire améliorer par quelqu'un d'autre
  • Parce que ça peut rendre service

Il y a une vraie logique de mutualisation des coûts derrière la production/l'utilisation de logiciels libres. C'est particulièrement adapté, par exemple, pour le secteur public.

Oh, et la gratuité réelle, en soi, est aussi un motif idéologique et subversif de choix d'un produit :

Pourquoi la gratuité?

Parce qu'elle existe. Parce qu'elle est l'inverse du marché qui se présente aujourd'hui, de façon si pesante, comme l'horizon du projet humain. Parce qu'elle provoque, là où elle se déploie, une sympathie presque générale. Parce que la permanence d'espaces de gratuité enfonce un coin dans la toute-puissance de l'argent.

-- Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Pour la gratuité

La liberté

un dinosaure; slogan : Microsoft office a évolué, et vous ?

Vous lisez bien : Microsoft traite ses utilisateurs de dinosaures, parce qu'ils n'utilisent pas la dernière version de leurs logiciels. Il semblerait que de version en version, ils soient moins enthousiastes à payer de nouvelles licences pour, fondamentalement, les même programmes. Il est possible que le principal dispositif de contrôle et de fidélisation utilisé par cette compagnie (et toute autre dont les logiciels utilisent des formats propriétaires) commence à produire au contraire un effet de rejet. Je parle ici de la séquestration des données des utilisateurs dans des formats fermés, propriétaires et, un comble, incompatibles entre eux. Quiconque a déjà travaillé et échangé des documents aux formats MS office connait les problèmes dû à l'usage des versions différentes de ces logiciels. Par défaut, les logiciels de la suite MS Office enregistrent dans un format illisible par les autres programmes, et illisible par les versions précédentes du logiciel !

A contrario, l'utilisation de standards et de formats ouverts, qui est la règle au sein des logiciels libre (que le format soit lui même open source est aussi, sinon plus important que le logiciel lui même le soit), garantit la liberté de l'utilisateur qui peut dès lors choisir un logiciel sur... la qualité de son interface et ses fonctionnalités, plutot que par obligation. Et la liberté de modification du logiciel non seulement permet à celui qui le peut de l'adapter pour ses propres besoins, mais donne également une bonne assurance quant à sa pérennité... il suffit de quelques développeurs pour faire renaitre un bon projet de ses cendres !

Le projet communautaire

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire: Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne.

-- Jean-Jaques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes

Qu'est-ce que la propriété ? [...] C'est le vol.

-- Pierre-Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?

Ce qui fait s'élever Rousseau et Proudhon contre le principe de propriété, c'est qu'il exclut tous les non-propriétaires d'un bien de son usufruit, à leurs yeux sans justification. Le principe (tout aussi usurpé) de propriété intellectuelle étend cette exclusion aux contenus numériques et aux logiciels alors même qu'il est techniquement possible de les dupliquer à l'infini pour que tous en profitent. Et tout comme pour les biens matériels, ce n'est pas l'auteur du logiciel qui en est propriétaire mais le capital qui l'a employé, la vente de licences devenant ainsi une rente extrêmement profitable. J'irai jusqu'à dire que le capital revend ainsi au prolétariat un peu de son propre jus de cerveau...

logo creative commons

Les licences des logiciels libres, instituent une forme particulière de propriété intellectuelle qui reconnait le droit d'auteur sans exclure quiconque de la jouissance de son art. Ainsi, au-delà du domaine des logiciels, existent des licences dites copyleft (par opposition au copyright), telles que la gamme de licences Creative Commons ou la licence art libre. Les partisans des logiciels libres sont souvent traités de communistes, certains s'en offusquent, d'autres pas ;o) Les supporters de Creative Commons lui préféreront le terme de commonists, moins connoté politiquement tout en conservant l'idée de bien commun et de propriété collective.

Au-delà de la remise en cause, évidente, de certains fondements idéologiques du capitalisme tels que la propriété intellectuelle, l'établissement de monopoles et le racket sur la creation; ce qui séduit les développeurs est souvent un attachement mi-pragmatique mi-idéaliste à la recherche de l'efficience en programmation, d'un point de vue global.

De même que le scientifique, le programmeur réclame un libre accès à l'information dans le cadre de son travail : des standards et protocoles ouverts, clairement documentés sont un prérequis pour faire interagir correctement les logiciels et les ordinateurs. Le hacker est ainsi celui qui va rendre publique l'information qui ne l'est pas, décortiquant les arcanes de l'informatique propriétaire pour le bénéfice de la communauté. Par exemple, c'est l'analyse des formats secrets non documentés de MS office qui permet la manipulation de ces documents par Open Office.

Si j'ai vu loin, c'est que je me tenais sur les épaules de géants.

-- Isaac Newton

De même, la plupart des logiciels se composent d'assemblages de routines, de taches et de fonctionnalités communes qu'il est rageant, à la longue, d'avoir à réécrire encore et encore; ou de tout simplement savoir que des milliers de programmeurs ont déjà résolu ces mêmes taches; qu'en somme, d'un point de vue global, une quantité faramineuse de travail est gaspillée à réinventer la roue. Ce que permet le logiciel libre est tout simplement de ne pas reprendre le travail à zéro mais de tous profiter du fonds commun de briques et d'outils et d'aller directement à l'essentiel, à la valeur ajoutée. Par exemple, de rajouter directement les fonctionnalités requises à un logiciel plutot que de commencer par réécrire toutes les fonctionnalités de base.

Bien sûr, percevoir et bénéficier des avantages de la coopération sur la compétition nécessite un sens de la communauté, une vision qui aille au-delà de l'individu/entité individuelle... et du profit qu'engendre l'appropriation, le contrôle et la location de... l'esprit humain (qu'il s'agisse simplement de code source tenu secret ou pire, de brevet logiciel - d'interdiction d'utiliser un concept). Pour finir, je terminerai sur une de mes désormais récurrentes citations de Korzybski :

It may seem strange but it is true that the time-binding exponential powers, called humans, do not die-their bodies die but their achievements live forever-a permanent source of power. All of our precious possessions-science, acquired by experience, accumulated wealth in all fields of life-are kinetic and potential use-values created and left by by-gone generations; they are humanity's treasures produced mainly in the past, and conserved for our use, by that peculiar function or power of man for the binding of time. That the natural trend of life and the progress of the development of this treasury is so often checked, turned from its natural course, or set back, is due to ignorance of human nature, to metaphysical speculation and sophistry. Those who, with or without intention, keep the rate of humanity's mental advancement down to that of an arithmetic progression are the real enemies of society; for they keep the life-regulating "sciences" and institutions far behind the gallop of life itself. The consequence is periodic social violence-wars and revolutions.

Alfred Korzybski, Manhood of Humanity

Quelques liens

Fred Bird Septidi 07 Messidor an 213

Je suis, comme tu le sais, largement convaincu et utilisateur de logiciels libres. Cependant, je me permet d'ajouter une remarque à ta prose car il me semble que tu commet deux erreurs, sûrement par omission, sur la définition de logiciel libre et sur le coût du logiciel libre. Or ces erreurs qui sont très fréquentes dans l'évangélisation du logiciel libre gratuit sont souvent la source du rejet de ce concept par les personne que l'on essaie de convaincre. L'omission que tu fais peut donner l'impression d'un discourt biaisé et opaque. Et c'est ce qu'il est à mon avis. Je me permet donc de préciser les 2 points suivants :

- Le logiciel libre n'est pas la même chose que l'open-source (code source disponible et modifiable). Le logiciel libres, "freeware" en anglais est un terme à double sens car en anglais "free" vaut dire à la fois gratuit et libre. Si la liberté est une conséquence de la gratuité, les deux mots sont loin d'être synonymes.

L'open-source en revanche n'a pas forcement cette notion de gratuité. Il est vrai que la plupart des projets open-source sont gratuits, mais certains ne le sont pas. Des projets commerciaux ont leur code ouvert pour permettre aux utilisateurs de les adapter finement à leurs besoins, ou parce que la technologie utilisée ne permet pas de cacher le source (ex: Microsoft ASP), mais nécessites malgré tout l'achat de licences pour leur utilisation dans un cadre professionnel. (par exemple, on a acheté un composent de création de contenu WYSIWYG Devedit de Interspire en ASP - maintenant que pour PHP -, il est open-source car l'ASP ne permet pas la compilation, mais il n'est pas gratuit) D'un autre côté, certains logiciels gratuits ne sont pas open-source. Attention donc à l'amalgame.

- Ensuite, à propos du coût de l'open-source gratuit, il ne faut pas considérer uniquement le coût des licences. Ce coût, dans un projet autre que petit site d'asso, est négligeable. Que représentent 15K€ à côté des 300K€ passés en gestion de projet, développements, consulting, etc ? De plus, dans les 15K€ de mon exemple, il est inclus le coût du support. Or un logiciel libre, si on le télécharge et l'installe sois même, ne donne droit à aucun autre support que celui d'une communauté qui peut être réactive, mais peut ne pas l'être. Il faut donc dans ce cas passer par des prestations de services qui sont facturées aux tarifs normal car si le logiciel est gratuit, les consultants eux ne le sont pas. Et c'est grâce à cela que le modèle économique du logiciel libre peut fonctionner. Enfin, le logiciel libre implique un engagement fort des développeurs avec parfois un coût en formations non négligeable et une pression du à la non existence du support qui pourrait faire regretter certains développeurs d'avoir perdu leurs week-ends pour simplement avoir voulu faire gagner quelques euros à leur comptable qui ne leur sera même pas reconnaissant...

Je pense qu'il faut donc faire très attention au moment de prendre la décision d'utiliser des logiciels libres. C'est un choix qui me parait évident pour un usage domestique, même si pour le multimédia par exemple c'est pas encore ça, les logiciels légaux gratuits pour lire un DVD n'existe pas du fait de brevets déposés sur cette technologie, par des français en plus...

En revanche, pour une utilisation professionnel, le coût en formation du passage d'un bataillon de secrétaires, de manageurs ou de médecins , en fait, tout non informaticien, de MS Office à OpenOffice.org peut être dissuasif. Or ces types de populations ne peuvent pas travailler sans formation contrairement à des informaticiens plus habitués à appréhender des nouveaux logiciels. De plus, le fait de ne pas payer de prestations d'installations et de support incluses dans les licences interdit tout report de fautes sur l'éditeur de logiciel et oblige l'entreprise qui met elle même en place un logiciel libre à supporter intégralement les coûts d'un échec. Il est donc dès fois où il est plus rentable de faire appel à Oracle avec ses licences à 15000€ par processeurs ou à Microsoft que de passer par un projet libre, aussi bon soit-il.

Nima url 27/06/2005
PS: ce serait bien que tu gère les retours-ligne dans les commentaires ;)
Nima 27/06/2005
Si je veux ;p C'est un système de commentaires, pas un forum. Je n'avais pas prévu de tels pavés :o Pour ce qui est de tes remarques, je connais la différence entre l'open source et le libre mais ce billet est une réponse à une question, pas un article encyclopédique.
Fred Bird url 27/06/2005
Je sais bien, mais justement, je trouve qu'avec la reponse que tu fais, il y a toutes les chances que la personne qui t'a posé la question ne comprenne pas pourquoi c'est si interressant. L'altruisme, la gratuité, bla bla bla... ne fait pas partie de notre système économique, malheureusement. Cela ne paraissant donc pas crédible si on n'explique pas le réèl modèle avec ses ratachements à la réalité, on se retrouve avec des dérives du genre "bande de cocos". Ou simplement des gens qui ne croient pas au serieur de ces projets libres. Or on est loin de cela, le libre est de plus en plus présent et fort. C'est à mon avis en sachant quelles en sont les limites qu'on peut utiliser intelligement ces logiciels. Sinon, si on fait croire que c'est tout gratos, on va à coup sur planter les projets dans le mur et cela décrédibilisera le libre qui sera associé à des echecs alors que ce ne sont que les gens qui ne savent pas s'en servir et non pas le produit qui n'est pas viable.
Nima 28/06/2005
Tu te places dans un contexte professionnel... relis l'intro, je parle plutot à un "end-user", et j'explique pourquoi moi-personnellement j'utilise de préférence des logiciels libres.
Fred Bird url 28/06/2005
icq c'est pas libre, si ? ni le logiciel, ni surtout le protocole..
germ 24/10/2005
Effectivement, Icq n'est pas libre. Mais Jabber si. J'utilise encore un peu icq car cela reste encore plus populaire que jabber et je reste un peu prisonnier de ce qu'utilisent mes contacts...
Fred Bird 25/10/2005
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