TCE : Et puis finalement non
Comme prophète, j'ai encore du chemin à faire. Et sur ce coup-là, j'en suis bien content. Je n'ai pas cru autant de gens capables d'aller contre le sens du vent, de tenir bon face à la déferlante de chiasse que les médias nous déversent dans les oreilles depuis des mois (et qui continue, d'ailleurs). Il faut croire que l'odorat des citoyens s'affine avec le temps. Et c'est pour moi la meilleur nouvelle de ce scrutin : les moutons noirs s'affranchissent des bergers. Les bergers font mine de ne pas le comprendre, et continuent à mépriser leur troupeau...
Continuez, les mecs. Continuez à vous agrippez au pouvoir sans rien lâcher, à méprisez le peuple, à gouverner contre lui plutôt qu'en son nom, à usurper le terme de démocrates, vous qui ne faites que servir la soupe aux véritables propriétaires du pouvoir. Ceux d'entre vous qui se disent réformistes et dont l'agenda de réformes est celui du Medef dont on aurait changé la couleur de l'etui croute de cuir, qui crient au populisme comme des cochons qu'on égorge dès qu'on fait mine de vous remettre en question, vous êtes les véritables révolutionnaires. Nous voulons plus de démocratie, plus de vérité, plus de justice et plus d'égalité; vous persistez à nous offrir imposer les réformes inverses.
Vous êtes en train de casser la démocratie. Vous avez fait de l'europe un instrument pour la contourner, vous avez créé le front national pour détourner la colère en haine, vous vous servez de l'extrême-gauche comme repoussoir. Vous marginalisez, méprisez et prenez en otage une part croissante de l'expression citoyenne, la privant de représentation et la laissant lettre morte dans l'exercice du pouvoir. La démocratie ne vous convient que comme outil à votre service. Nous souhaitons vous la reprendre. Nous sommes les démocrates. Nous sommes les réformistes.
Quelques grammes de finesse...
...dans un monde de crétins :
Ils accusent le peuple de pas avoir compris la question mais dans ce cas j'ai des gros doutes sur leur capacité à comprendre la réponse...
Certes, nous pouvons nous réjouir de notre victoire démocratique, de notre capacité à élever le débat malgré la partialité des médias traditionnels qui n'ont eu de cesse de nous caricaturer et de dénaturer nos propos, de nous assimiler à l'extrême droite réactionnaire, à un mouvement de mauvaise humeur. Cependant, du point de vue des véritables décideurs de cette planète, la démocratie n'est qu'un épiphénomène amusant, parfois agaçant, mais qui ne doit en rien remettre en cause la bonne marche des affaires.
-- Agnès Maillard, Gueule de bois
La plupart des ouistes, finalement, ont expliqué qu'ils avaient eu raison de défendre leur position, que les nonistes étaient fondamentalement quelques part un peu quand même des gros connards irresponsables, " même si nous respectons ce vote ", attention. Que pouvaient-ils dire d'autre ?
-- Des bulles, Commentaire hétéroclite de l'actualité un surlendemain de référendum
le non a gagné, et cette victoire marque une rupture importante. Elle inaugure un autre moment dans la construction européenne. Construite par le haut, par les élites et par l'économie, l'Europe est restée longtemps absente du débat, ou instrumentalisée comme le mauvais objet de la politique. Avec le référendum, la question de l'Europe s'est posée partout, des machines à café aux repas de famille. L'obligation de contrer le oui en affichant une autre Europe a même obligé certains nationalistes honteux (le PCF) à se proclamer défenseurs d'une Europe de gauche, recouvrant le vieux clivage Européens/républicains. Ce vote ouvre aussi une série de tâches pour la gauche. Ce qu'une société a fait peut être refait; encore faut-il satisfaire à des conditions économique, politique et démocratique.
-- Jean-Paul RUSSIER, Plutôt Proudhon que Marx (libé 31/05/05)
A partir de 55 % de non, me disais-je la semaine dernière en mon for, "ils" (la quasi-unanimité des commentateurs de ces choses) seront contraints de nous lâcher un peu, avec notre "xénophobie" (terme générique), pour ne parler que de la pire de nos tares  car il est patent que nous sommes tarés. Avec un non si porteur de gauche et d'Europe, me disais-je dimanche, il va bien falloir qu'enfin ils nous entendent.
-- Pierre Marcelle, libération (31/05/05)
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