Quelle voie de dépassement du capitalisme ?

L’air n’est plus franchement à la mode depuis que la chute du mur et l’effondrement de l’Union Soviétique autorisent nombre d’éditorialistes à enterrer le projet communiste, mais malgré tout certains s’interrogent encore sur le dépassement du capitalisme. Dont moi.

Pendant longtemps, l’alternative majeure, évidente, de la société capitaliste fut la société communiste. Historiquement, ses partisans se rangent en trois grandes familles, divisés sur les moyens d’y parvenir, bien que leur vision théoriquement commune de la fin, la société communiste diverge implicitement en fonction de leur culture propre, et ne se regroupe qu’en négatif dans la critique partagée de la société capitaliste : tous plus ou moins d’accord sur ce que l’on ne veut pas.

  • l'assemblée nationalePour les socialistes, la voie de référence est le réformisme : la transformation de la société capitaliste en société communiste s’effectue progressivement via le contrôle des instances de pouvoir légales du pays. Il va de soi que ce n’est possible que dans un pays suffisamment démocratique pour que le gouvernement soit élu par le peuple.

    Aujourd’hui, il me semble que les partis socialistes n’envisagent tout simplement plus le dépassement du capitalisme comme leur horizon politique, et ceux qui le font encore sont souvent traités de dinosaures (je pense par exemple à Henri Emmanuelli au sein du PS français.).

    Les raisons avancées de l’échec de cette voie sont diverses : manque de volonté, incompatibilité de la démocratie, collusion du pouvoir politique avec le pouvoir économique, etc. Pour ma part je pense que si ce n’est impossible, il est du moins très improbable que la transition puisse venir du pouvoir politique, qui tend avant tout à se perpétuer lui-même. Malgré tout, le pouvoir politique n’est pas sans influence sur l’organisation sociale, les conditions matérielles et d’éducation de la population, qui sont des critères importants de viabilité du projet communiste.

  • hasta la victoria sempre Pour les communistes (aussi appelés communistes autoritaires, ou stals en référence à leur paradigme staliniste), l’établissement de la société communiste se fait également via le pouvoir politique, mais cette fois-ci après une révolution (ou bien souvent, un coup d’état) et la mise en place d’une dictature du prolétariat, ceci afin de contrer les forces réactionnaires du capital qui tendent à manipuler le pouvoir politique des démocraties.

    La critique est ici encore plus facile : sans parler des dérives totalitaires des régimes qui se sont réclamés de cette idéologie, il est paradoxal que l’abolition de l’état (du pouvoir politique) qui est inscrit dans le projet communiste, puisse passer par le renforcement de celui-ci. En pratique, c’est établir une nouvelle caste dirigeante qui se substitue à l’ancienne bourgeoisie et cherchera avant toute chose à se maintenir au pouvoir.

    On notera que la plupart des partis politiques de cette obédience ont fini par abandonner la voie dictatoriale et ont pris la relève de la voie socialiste, le réformisme. (C’est le cas du PCF et de la LCR, LO pour sa part ne considère toujours les élections que comme une tribune médiatique).

  • la première InternationalePour les anarchistes (ou du moins la part des anarchistes, difficile à évaluer mais non négligeable, qui se reconnait dans le projet communiste, souvent appelés communistes libertaires ou simplement libertaires), il faut tout simplement (sic) établir directement la société communiste via une révolution.

    Plus sérieusement, l’essentiel de la transition est censé se faire avant la révolution, ou plutôt avant l’abolition finale du pouvoir politique et de l’état, par une lutte continue contre le capital et l’apprentissage de l’autogestion au sein même des organisations de lutte, c’est à dire essentiellement les syndicats (cf la CNT ou SUD/Solidaires ).

    A la lutte proprement dit doit bien évidemment s’associer un important travail de propagande, et surtout d’éducation à une organisation a-hiérarchique, de type démocratie participative et fédéraliste de la société dans son ensemble. C’est à dire de la sphère politique mais aussi économique et sociale, puisque l’économie capitaliste est structurée hiérarchiquement par la possession du capital, et ne connait de la démocratie que l’intervention plus ou moins importante de l’état.

    Ce qui coince dans cette perspective (à mon humble avis de sympathisant libertaire) c’est d’abord le cadre restreint de la lutte (syndicaliste), qui ne touche qu’une frange infime de la population; elle ne concerne pas ou est difficilement praticable par les chômeurs, les salariés de petites entreprises ou les artisans et commerçants. Quant au rapport de forces, ne serait-ce que concernant la propagande (ou impact médiatique, pour parler novlangue), entre le capital et le prolétariat, il est de l’ordre du risible (jaune).

La suite au prochain épisode billet…

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