Skip to content

2007 : Qui en face du FN ?

2006 May 23
tags:
by Fred Bird

Jouons un peu à se faire peur… Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et beaucoup de medias s’intéressent déjà au deuxième tour de l’election presidentielle, qui selon eux se jouera entre leurs deux favoris, Nicolas Sarkozy et Segolene Royal (par exemple, Marianne du 20/05/2006 publie un sondage donnant S. Royal gagnante à 53% contre 47%). Tout comme en 2002, lorsque Lionel Jospin démarra sa campagne au centre comme si les sondages relatifs au premier tour avaient force de loi, avec le résultat affligeant que l’on sait.

Loin de moi l’idée de le souhaiter, mais je ne vois pas trop ce qui pourrait nous prémunir d’une présence du Front National au second tour des présidentielles 2007, et au contraire plusieurs indices mènent vers ce cas de figure :

  • J’ai perdu la source (si vous la retrouvez…), mais il semblerait que les intentions de vote FN soient actuellement à 14%, contre… 7 à 8% il y a cinq ans. C’est probablement dû pour une bonne part à la diminution de la part des électeurs FN qui, culpabilisés, n’osent pas exprimer leur véritable intention de vote. Mais c’est quand même plutot inquiétant.
  • Au sujet de la banalisation du parti, j’ai pu voir une interview T.V. de Marine Le Pen remarquable par sa respectabilité. Outre le fait que l’animateur (Thierry Ardisson, en l’ocurrence) lui a servi la soupe comme à la cantine, son discours etait capable de faire passer la position de l’UMP pour bien plus raciste et fasciste que celle du FN. Les rares piques sur les dérapages antérieurs ont été esquivées de la même manière, en rappelant les multiples dérapages de personnalités politiques pour le moins installées (le fameux bruit et l’odeur de Jacques Chirac).
  • L’UMP, au pouvoir depuis 4 ans ne cesse de battre des records d’impopularité, et a perdu très largement toutes les élections (régionales, européennes, référendum) depuis son arrivée au pouvoir. La droite dite parlementaire, contrairement à ce qui devait se passer avec la création de l’UMP est en état de guerre civile entre ses leaders (fidèle à son habitude). Il est tout à fait probable qu’une partie des intentions de vote du candidat Sarkozy ne soient dus qu’à sa popularité dans les médias, et qu’au final bien plus de voix qu’annoncé aillent d’un coté au FN, et de l’autre au centre droit. D’ailleurs, il n’est pas impossible que le clan Chirac favorise l’UDF, dans une optique Tout Sauf Sarkozy.
  • De son coté, la gauche ne fait pas mieux. Le PS ne rassemble que par rejet de la droite, et s’est avéré incapable de prendre la mesure des présidentielles de 2002 comme du référendum de 2005. On assiste comme à droite à une bataille de leaders sans vrai programme politique. (un premier aperçu semble se concentrer sur les questions de société, avec des mesurettes quand à l’économie, et rien presque rien sur les institutions). Ségolène Royal, qui est à ce jour la candidate la mieux placée, est sur une position centriste d’entre deux tours, tout comme Lionel Jospin en 2002, ce qui risque de la priver d’une bonne partie de son électorat au premier tour. A gauche du PS, chacun appelle à une candidature unitaire… autour de son propre candidat.

Quelles sont les alternatives possibles pour le deuxième tour de l’élection ? Il est bien plus difficile de le prévoir, en absence de certitude quant aux candidats effectifs qui se présenteront.

  • PS / FN : c’est peut-être le cas le plus probable. Rejet de la droite, dispersion de ses voix, effet vote utile et usage massif des bulletins PS et FN comme sanction du gouvernement, même sans adhésion franche à leurs programmes respectifs.
  • UMP / FN : la rebelote. Le PS se sera avéré incapable de séduire son électorat, écoeuré par son autisme; tandis que la droite parvient à se rassembler le temps de la campagne électorale.
  • PS / UMP : bien sûr, il reste possible que le FN ne passe pas le premier tour, si 2002 a suffisamment fait flipper les élécteurs des deux camps, et si ceux-ci surmontent leur manque d’enthousiasme face à la perpétuation d’un environnement politique stérile et moribond.
  • Bové (?) / FN : C’est bien sûr hautement improbable, mais sait-on jamais, peut-être la gauche du PS parviendra à se rassembler sur une candidature unique. José Bové me semble être le candidat le plus fédérateur, mais le candidat importe moins que la coloration politique de l’ensemble et l’espoir d’alternance que cela peut susciter (un peu comme l’union de la gauche en 1981). Auquel cas je ne donne pas cher de la peau du candidat PS qui risque bien de ne mobiliser que les électeurs centristes. Le deuxième tour sera alors très chaud, je doute que la droite soit aussi républicaine que le fut la gauche en 2002 en mobilisant ses bulletins contre le FN. Par contre, celui-ci risque de perdre une partie de ses voix issue des déçus de la gauche, revenant alors à leurs premières amours.

Comments are closed.