
…ou comment nous approchons peut-être du début de la fin (Est-ce le début de le fin ou la fin du début ?
) du libéralisme, malgré qu’il nous soit annoncé comme un mouvement définitif et inexorable (Ce qui relève surtout de la prédiction auto-réalisante). On nous serine à loisir, à chaque grève, à chaque résistance, à chaque fois que la France freine le train du marché libre
, que nous sommes les seuls, les derniers de mohicans. De stupides dinosaures qui regrettent l’âge de pierre du Keynésianisme alors que la modernité, c’est le libre-echange; et que de toutes façons on n’y peut rien; et que le monde entier se moque du petit village de Gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur.
A voir. Ce genre de propos devient de plus en plus crispé, et peut être justement parce que le voile commence à se déchirer sur sa nature idéologique. Pour ceux qui l’auraient oublié, le capitalisme connait depuis sa naissance des cycles interventionnisme-libéralisme, et il n’est pas impossible que nous approchions de la fin du cycle libéral. Et de fait, notre pays n’est pas si isolé que ça. Beaucoup de médias étrangers se moquent comme les notres de la vieille France idéaliste; certains au contraire la trouvent encore plutot avant-gardiste (Chacun voit midi à sa porte, n’est-ce pas). Voici quelques petites pierres lestant le destin de l’inexorable, histoire de se faire plaisir.
Il serait illusoire d’affirmer qu’il s’agit d’un problème propre à la France. Loin s’en faut, car le mouvement refuse précisément une société de précarité livrée aux tendances économiques mondiales, opposant à celles-ci la revendication légitime d’un régime social servant les intérêts des citoyens. Loin d’être terminée, comme d’aucuns ont pu l’affirmer, l’Histoire continue – du moins se révèle-t-elle bien vivace en France ces jours-ci.
L’ampleur et l’ardeur inédites de ce mouvement des étudiants, ainsi que leur radicalité et le très large soutien populaire dont ils bénéficient, obligent même les plus récalcitrants à réfléchir. Il se passe quelque chose en France. Quelque chose d’insolite, qu’on croyait devenu impossible ou dont on nous avait fait croire que cela ne pourrait plus arriver dans le monde “civiliséâ€? – ou, plutôt, globalisé.
– Gábor Kardos, Hongrie, repris dans Courrier International, 30/03/2006
En tentant de faire passer une loi qui facilite soi-disant l’accès des moins de 26 ans au premier emploi mais permet aux employeurs de licencier sans motif, le président et le Premier ministre trahissent, aux yeux de larges pans de la population, un modèle social français dont ils disaient vouloir assurer la défense et la continuité.
– El Pais, Espagne, repris dans Courrier International, 23/03/2006
Les défenseurs du libéralisme expliquent que la contestation a des origines spécifiquement françaises. Ce n’est pas faux : mener une politique de l’emploi sans dialogue social ni débat parlementaire est spécifiquement français – et autoritaire. Mais cela ne peut faire oublier que les Français se battent non seulement contre la méthode, mais aussi contre le contenu. En ce sens, ils s’opposent à une politique européenne qui redistribue de bas en haut, annihile les conquêtes sociales et vide de sa substance le droit du travail. Alors que les changements de régime en Allemagne sont le fruit de guerres perdues ou de Mur effondré, les Français, eux, les provoquent. Dans les phases critiques, ils se souviennent des luttes passées. Le seul fait qu’ils aient le courage de partir seuls à la bataille mérite l’admiration. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Dommage qu’ils soient encore isolés.
– Dorothea Hahn, reprise dans Courrier International, 30/03/2006
Aujourd’hui, les étudiants français envoient un message qui traverse les frontières et s’adresse à nos dirigeants qui prévoient de mettre en Å“uvre une politique de rigueur néolibérale. Pour les étudiants grecs, le climat social justifie une contestation générale. Les jeunes veulent s’appuyer sur l’initiative française pour demander le retrait des mesures draconiennes de diminution du coût des heures supplémentaires et d’extension des horaires de travail qui ont précédé la réforme. Les étudiants ont déserté les universités ces jours derniers, et un appel à manifester a été lancé pour le 23 mars. Grâce au message des Français, les jeunes Grecs se sentent prêts à lutter à leur tour contre les manigances des politiques sur le plan social.
– Christos Mega, Grèce, repris dans Courrier International, 23/03/2006
It seems to me that this European unrest signals a serious gap in political and corporate understanding of the human consequences of a capitalist model that considers labor a commodity and extends price competition for that commodity to the entire world.
In the longer term, there may be more serious political implications in this than even France’s politicized students suspect. What seems the reactionary or even Luddite position might prove prophetic.
– William Pfaff, International Herald Tribune, 30/03/2006
It is time to forge global and generational social contracts to recognize and mitigate the inequities that a new world of change fosters. By raising their voices, France’s young and America’s migrants have called attention to that need.
– Jim Hoagland, Washington Post, 02/04/2006
P.S. 05/04/2006 : ici une traduction de l’article de Jim Hoagland