Les états membres de l’ESA réunis à Berlin les 5 et 6 décembre dernier ont fixé le budget et les orientations de l’agence d’ici à 2010. Apparemment les officiels de l’agence sont contents, le buget voté étant de 8,25 milliards d’Euros sur 4 ans, pas mal même s’il est significativement plus faible que celui de la NASA (16 milliards de dollars par an), qui doit simultanément continuer à faire voler les navettes, élaborer la solution de remplacement (le CEV), en plus de ses programmes scientifiques.
Exomars
Après le succès de Mars Express qui est une sonde orbitale, l’ESA retente l’aventure martienne avec son premier rover. C’est un engin de taille comparable aux jumeaux etatsuniens Rover et Opportunity qui ont débarqué en même temps que Mars Express et sont comme elles toujours en activité. Son équipement scientifique, Pasteur, est toutefois plus orienté sur la recherche d’activité biologique.
Cette mission fait partie du programme optionnel (pour lesquels chaque etat membre ne contribue qu’à hauteur de sa volonté) Aurora, centré sur l’exploration du système solaire et incluant une mission humaine sur Mars à l’horizon 2030. Tout le programme jusqu’ici, de par son statut, n’etait qu’une proposition de l’ESA sans financement. Outre Exomars, les etats membres se sont engagés à financer les etudes preliminaires des missions suivantes, dont une délicate mission robotique de retour d’echantillons. C’est donc un signal très positif pour l’exploration du système solaire par l’Europe.
Kliper

Le projet russe Kliper, qui cherche un soutien financier auprès des agences spatiales européennes et japonaises, semble être le grand perdant de la rencontre, d’autant que le Japon avait indiqué attendre la décision européenne pour prendre la sienne. C’est la seule proposition à n’avoir pas reçu le financement demandé.
Cela dit, il semblerait que le refus s’explique plus par le souhait européen de participer industriellement au projet (ce que la Russie ne proposait pas) que par des considérations budgétaires. La ligne budgétaire demandée ne concernait à ce stade que des études de faisabilité, et l’argent avancé par certains etats membres est conservé en attente d’une décision future. On peut donc espérer qu’il s’agisse d’une phase des négociation en vue d’obtenir une participation industrielle. Il faut savoir que la réunion a également pris la décision d’utiliser de préférence les lanceurs européens pour les activités de l’ESA. C’est la même logique protectionniste qui prévaut : les budgets européens doivent faire vivre sa propre industrie spatiale.
Autres projets en production
Les premiers satellites de la constellation Galileo ont été mis en orbite. A ce sujet, Lutte Ouvrière publie un article dénonçant les bénéfices privés du projet alors que les investissements sont publics.
Décision a été prise de reconstruire Cryosat, satellite d’etude du climat terrestre perdu suite à une défaillance du lanceur.
Le développement de Vega suit son cours. Il s’agit d’un projet de lanceur léger mené par l’Italie, afin de compléter la gamme de lanceurs de l’ESA (Ariane 5 étant le lanceur lourd, et Soyouz – commercialisé par une compagnie russo-européenne – le lanceur moyen). Le premier lancement est prévu pour 2007.
Propulseur Helicon
Alors que les premiers propulseurs ioniques viennent seulement d’entrer en service (sur SMART-1 et Rosetta), l’université de Canberra vient de réaliser pour l’ESA un prototype de propulseur à plasma Helicon, susceptible de fournir une poussée bien supérieure à consommation en carburant équivalente (mais nécessitant plus de puissance électrique). Bien que le principe général diffère du VASIMR de la NASA, ce type de propulseur pourrait tout comme lui alterner poussée forte (pour l’accélération initiale) et haut rendement (pour l’accélération de croisière). C’est donc un bon candidat à la fois en remplacement des moteurs à ion (étant plus efficient) qui sont limités aux faibles masses, mais également pour des masses plus importantes et des trajets plus courts, notamment pour de grandes sondes, des cargos voire une mission humaine vers Mars.