L’idée, assez séduisante, me travaille depuis quelques mois. Ayant peur de m’emballer à tort, j’hésitais à faire un billet là-dessus. Et voilà que Courrier International n°779 (oui, l’ecriture de ce billet date un peu) fait sa une sur La mondialisation : vie et mort d’une idéologie.
Mondialisation
etait l’appellation soft et positive du libéralisme il y a quelques années, à l’époque dont on se souviendra peut être dans quelques temps comme son apogée. Car c’est bien de la décrue annoncée de la marée libérale qu’il s’agit. Pas encore de quoi sabrer le champagne (pour la gauche caviar, moi je me contenterai d’un muscat bon marché), mais il y a comme un frémissement, quelques premières fissures dans le bunker de commande.
Le rejet du TCE (la victoire du Non) a pour une bonne part (pas seulement bien sûr) été une victoire idéologique de la gauche, disons, marxiste, contre cette forme débridée de capitalisme. Parmi les principaux arguments contre le TCE étaient qu’il dictait explicitement une politique économique libérale et qu’il était difficilement révisable. Et il n’est pas impossible que la tentative de graver dans le marbre d’une constitution une politique économique soit elle-même le premier signe de son déclin.
Comment se fait-il que l’accroissement sans précédent de la masse
monétaire se soit traduit par un tarissement des fonds pour les
services publics ? Pourquoi cette augmentation des capitaux
enrichit-elle surtout ceux qui ont déjà de l’argent ? Pourquoi cela
a-t-il conduit à un creusement du fossé entre les riches et les
pauvres, et à un resserrement de la classe moyenne ? Pourquoi, dans de
nombreux cas, la privatisation des services publics n’a-t-elle ni
amélioré le service, ni réduit son coût pour l’usager, mais seulement
garanti une source de bénéfices aux nouveaux propriétaires, tandis que
les investissements dans les infrastructures diminuaient comme peau de
chagrin ?– John Ralston Saul, Harper’s Magazine (repris dans Courrier International)
Le fait est que le libéralisme n’est pas (du moins en Europe, encore moins en France) une politique économique souhaitée par l’opinion publique, et l’est de moins en moins au fur et à mesure que ses effets deviennent manifestes. L’essentiel du travail politique des dernières décennies a donc été de réduire le pouvoir de l’état (par transfert vers l’Europe, notamment) afin de mettre le pouvoir économique à l’abri de la démocratie. C’est que les salariés sont les grands perdants de cette économie, qui est faite par et pour les actionnaires; et la démocratie contrairement à la Bourse n’accorde qu’une voix par personne, quelle que soit son compte en banque. Salauds de pauvres.
Alors bien sûr, le retour à une forme de keynésianisme n’est pas pour aujourd’hui, peut-être même pas pour 2007, mais il est permis de penser que comme pour le pétrole, on approche bientôt du début de la fin du libéralisme.