Kliper, vers l’infini l’orbite basse et au delà

Après l’effondrement de l’URSS au début des années 1990, l’industrie spatiale russe s’est retrouvée à court de crédits et a du lever le pied dans la course à l’espace. Elle venait alors de mettre au point Bourane, une réplique améliorée de la navette spatiale américaine :

  • capable de fonctionner en mode automatique
  • conçue non comme système propulseur nécessitant un réservoir externe, mais comme la charge utile d’un lanceur lourd indépendant (Energia)
  • Avec une charge utile et un rendement supérieurs

Depuis, l’agence spatiale russe a dû faire avec un matériel ancien et meilleur marché, quoique robuste, dont le lanceur moyen Proton et les capsules Soyouz, en service depuis 1961, qui furent lors de la suspension du programme US des navettes spatiales le seul moyen d’accéder à ISS installée en orbite basse (400 km).


Image de synthèse du Kliper, version ailée

Le projet Kliper de remplacement du Soyouz a démarré en 2000, et l’augmentation récente des crédits russes pour l’espace, ainsi que la perspective de partenariats internationaux, permet de penser qu’il verra le jour , ou plutot la nuit de l’espace.

Tout comme le Soyouz, il s’agit d’une capsule spatiale destinée principalement aux vols habités. Mais sa charge utile sera de six humains ou deux humains et 700 kg de fret, contre trois humains et 50kg pour son prédécesseur. Cette capacité permettra de faire tourner à plein ISS qui n’abrite actuellement que deux astronautes faute place sur le Soyuz qui lui sert de vaisseau d’evacuation. Il sera réutilisable jusqu’à 25 fois, contre… 1 pour le Soyuz qui est jetable. Son autonomie propre sera de 10 jours, et de 1 an accolé à ISS. Sa structure est modulaire : à la cabine conique s’adjoignent les modules orbitaux (jetables) de support vie et de propulsion de navigation, ainsi que le fuselage externe qui pourra être soit un simple bouclier thermique avec parachutes, soit un bouclier thermique assorti de courtes ailes permettant un véritable atterrissage, à l’instar des navettes. Cette configuration semble être la favorite, de par sa plus grande souplesse et très certainement aussi pour des questions de marketing auprès du grand public. Un vaisseau spatial, dans l’imaginaire populaire, se doit d’être ailé.

Kliper, ESA et Hermes

Ce qui renforce les chances du Kliper, c’est également l’intérêt que lui porte l’ESA, qui a été démarchée par les russes afin de contribuer, financièrement (jusqu’à une hauteur de 60% !) et industriellement, au projet. La décision relève des états membres et doit intervenir en décembre 2005.

Il faut savoir que l’ESA a eu dans ses cartons un projet similaire entre 1987 et 1993, Hermes. Le projet, initié par la le CNES français, consistait en une mini-navette spatiale réutilisable. Plus lourd que le Kliper (20 tonnes contre 13 à 15), Hermes était tout comme les navettes conçu comme une petite station spatiale temporaire, capable de desservir ISS comme d’oeuvrer en autonomie pour servir de lieu d’expérimentation autonome. Les vraies navettes US ou Russes y ajoutant une capacité de fret importante (respectivement 25 et 30 tonnes).

hermes

Le projet Hermes a été abandonné car le contexte économique et politique de l’époque ne s’y prêtait plus, mais une partie du projet a survécu : son lanceur, qui n’est autre qu’Ariane 5 dont les capacités ont été définies pour propulser Hermes en orbite basse, bien qu’elle soit actuellement utilisée pour lancer des masses plus faibles en orbite géostationnaire (36 000 km). Et il est envisagé qu’Ariane 5 puisse servir de lanceur pour Kliper, car le lanceur Soyuz n’est pas assez puissant et les lanceurs prévus (Onega et Angara) sont eux-mêmes encore en développement.

L’éventualité d’une participation au projet Kliper offre les avantages d’un plus grand accès à l’ISS pour les spationautes européens, actuellement limité à des périodes de deux semaines tout les six mois lors du changement d’équipe; tout en limitant les coûts et bénéficiant de l’expertise et des développements russes dans ce domaine. De plus, certaines sources avancent que le rayon d’action potentiel de Kliper s’étend au delà de l’orbite basse, à savoir la lune voire Mars (Il y a un doute là-dessus car le bouclier thermique du Kliper ne serait pas suffisant pour la vélocité d’un retour direct depuis la lune). Ce qui s’inscrit dans le cadre du programme Aurora de l’ESA qui inscrit des missions habités lunaires et martiennes aux horizons 2025 et 2030, tout comme la NASA. Mais il s’agit pour l’instant d’un programme théorique essentiellement porté par les scientifiques et ingénieurs de l’ESA, alors que la NASA est chargée d’implémenter un objectif politique annoncé.

Kliper vs Crew Exploration Vehicle

La feuille de route actuellement attribuée à la NASA est d’abandonner les navettes à l’horizon 2010 et de convertir ce qui peut l’être en lanceur lourd de classe Saturn V (100 tonnes en orbite basse) pour le fret, de développer parallèlement un module habité capable d’atteindre l’orbite basse, puis la lune et Mars par améliorations successives, le CEV. Il est prévu un retour d’astronautes sur la lune pour 2018, l’installation éventuelle d’une base avancée sur notre satellite, puis de poser le pied sur Mars vers 2030. Il est même fait mention de l’au-delà, mais dans ce pays très religieux il est peut être fait référence à tout autre chose ;)

CEV, lockheed model

L’architecture prévue pour le programme lunaire est une redite du programme apollo, hormis le lancement séparé du module de commande (le CEV) et des modules de service et d’alunissage. Un des deux modèles à l’étude et représenté ci-contre s’éloigne un peu du concept initial de capsule pour un fuselage permettant également un retour en vol plané. L’abandon des navettes, source de fierté, a du mal à passer…

Sources et liens

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