
Dead Man, 1995, écrit et réalisé par Jim Jarmusch. Avec Johnny Depp, Gary Farmer, Iggy Pop…
Porté graphiquement par le noir et blanc, par la bande son magnifique de Neil Young, ce film est beau. On le traverse comme dans un tunnel hors de la réalité.
Certains ont vu en Dead Man l’histoire d’un homme mort, Johnny Depp, alias William Blake, tué au début du film et qui balade sa carcasse dans l’Ouest Americain du dix-neuvième siècle, celui de la fameuse frontière sans cesse repoussée par les pionniers. Ayant pris le train jusqu’à la ville de Machine, le terminus, sur un malentendu, il encaisse par hasard une balle dans la poitrine, puis est recueilli par un Indien sang-mêlé qui se fait appeler Personne. Personne voit en lui la réincarnation du poète William Blake, qu’il admire depuis son voyage forcé en Angleterre.
Que la balle lui ait ou non été fatale, je ne vois pas en lui le mort qui donne son titre au film. Ce qui est mort, c’est l’humanité de l’Occident, dont la sauvagerie sans fard tache la pellicule du début à la fin et lui donne son étrangeté. Des hordes barbares ont déferlé sur le continent Américain, y ont anéanti toute civilisation pour y semer leur chaos. En contraste, le cultivé Personne vagabonde avec son protégé dans les ruines de sa terre. Il y voit dans William Blake le fantôme de l’humanité de l’Occident, cette part qu’il a aimé et intégré, et delà de son admiration pour le poète disparu, il place dans sa supposé réincarnation l’espoir d’une vengeance, d’une victoire de la civilisation sur la barbarie. Ce dernier, finalement aussi dérouté que Personne par l’absurdité du monde des blancs, accepte d’écrire sa nouvelle poésie de poudre et de sang.
Mais les morts s’entassent inutilement dans un combat perdu d’avance.