Epopee Lyrique

Ce poème est au stade d’ébauche depuis plus d’une décennie. La dernière strophe doit avoir elle-même quelques années.

Sang d’ombre s’écoule et fuit
S’écoule du don sombre où les
Temps s’ancrent et sont enfouis
Sang s’étend en fuites perlées
A chaudes gouttes et froides marées
A longues trainées que nul n’essuie

De ce don qui déchira la nuit
Vers une ère en suspens
Sur les troubles dont surgit
Le sombre double qui vint suivant
Son erre parallèle et s’accouplant
Parfois à elle quand viennent les nuits

Ces nuits qui rappellent l’oubli
Qui taisent l’appel en l’étouffant
En le couvrant de leur néant
D’humeurs d’orage pressenti
Et l’air sur les nerfs s’enroulant
D’odeurs de terre et d’asphyxie

Ces nuits où la lune s’eclipse
Où elle fuit face aux loups
Hurlants surgissant des abysses
Hurlants surgissant des egouts
Des hurlements à devenir fou
A croire que ses tripes se devissent

Ces nuits perdues à les chercher
Et qu’ombre connait comme sa poche
Deux gouttes et mille et une marées
Sur une plage si triste et moche
Et alors on s’accroche à la roche
En regardant l’océan déborder

Par lassitude on ne fait plus rien
On laisse seulement le sang couler
Puisque ce n’est plus son chemin
Que sous ses pieds s’est le vent dérobé
Bientot le froid l’aura gelé
Et demain la ronde des lendemains

Et on est las des murs sans couleur
Des murs une prison sans barreaux
Tristes comme une peine sans douleur
Froids comme les serres d’un oiseau
D’entre lesquels s’écoule le sable à grumeaux
Sable à caillots d’un sang rêveur

Et sur ce sable à marée noires
Une pluie de galets originels
Descendus d’autres couloirs
D’autres visions semées d’oiselles
D’autres soleils plus dementiels
Sous de grands horizons soir

Des soirs où le monde est soir
Si soirs que les nuits en tombent
Et en pâlissent à pleuvoir
Et en frémissent des colombes
Et qu’importe si le monde en succombe
Et en maudisse l’espoir

Des soirs comme s’il en naissait
Aux quatre pâleurs des lunes rousses
D’innocence qui marcheraient
Sur l’immonde plus fières que douces
Avec pourtant la vie aux trousses
De grands soirs comme il n’en vient jamais

Des soirs d’horizon renaissance
Où les nuits puis les jours révolus
Font le cimetière des silences
Au bout des regards perdus
Au bout des vents brûlants et nus
Nids où éclosent les impatiences

Ces nuits qui finissent enfin
Sans même que le soir soit venu
Ces jours qui l’achèvent et demain
Tenir encore il n’y a plus
De raison de s’enfuir éperdu
Il n’y aura pas d’instants sereins

Ces nuits où l’ombre se réveille
D’entre les nuits derrière les lunes
Et se glisse loin des sommeils
pour plonger ses sinistres runes
Ses longues mains de fièvre brune
Et de ses doigts crever les soleils

Ces nuits où nul souffle ne s’agite
Quand s’en vont dormir les vents
Sur des mers d’huile et vague ermites
Mais d’où murmure le temps
Toujours son sable s’égrenant
Vagues en déferlent et palpitent

Ce temps cette pluie tombée du ciel
Ce ciel dissous sous les élans
Qui s’y perdent et se détellent
Laissant là leurs soupirants
Qui d’un soupir s’immolant
Délaissent illusions d’ailes

Ce temps ces jours à grosses gouttes
Tombent et s’écrasent et tachent
Le sable en flaques et rongent la croûte
Noient les fleuves qui leur poumons recrachent
S’étouffent inondés puis se cachent
Tapis paniqués loin des routes

Ce temps de vieux clébard assoupi
Attendant son heure depuis toujours
Et même son heure il s’en fout depuis
Il sait plus pourquoi alors il passe son tour
Attendant de se souvenir attendant les bons jours
Le temps d’un chien d’une chienne de sa vie

Et le temps trébuche titubant
Sur les os déterrés d’un vieux chien oublié
D’un vieux chien mort depuis longtemps
Des os, derniers restes érodés
Des vestiges rejetés par les marées
Le temps trébuche sur le vivant

Une vie trébuche et se souvient
Comme tout était simple avant
Au temps des empires sereins
Aux temps anciens des croyants
Des chevaux sauvages et du vent
Dans les drapeaux de leurs destins

Une étoile au bout du chemin
Pas après pas la même direction
Une seule étoile un seul refrain
Et chaque jour une nouvelle chanson
Des certitudes à longs siphons
Engloutissant les pas sans fin

Errer comme un temple voyageur
Colporter les vrais silences
Dans des poches percées de longues heures
Des heures emplies de croyances
A défaut de mots sans pertinence
Discours de muette ferveur

De pierres en pierres le pavé nu
La tour d’ivoire enfin s’étonne
De ces echos si distendus
Que laissent les fantômes atones
De ces rêves qui ne résonnent
Qu’avant chacun des pas perdus

Pierre après pierre de cathédrale
Toutes se fissurent aux échos vides
Toutes comme du vulgaire cristal
Toutes de douceur gravides
Mais jamais dans le silence aride
Refuge ne fut qu’ainsi spectral

Goutte à goutte en perfusion
L’espoir se fige en stalactites
En poignards en dents de prison
En non-futurs qui péricilitent
En non-présents d’une vie réduite
A quelques soupirs et pulsations

Et puis tombent toutes les pierres
Chateaux dévalent cavalent de front
Un déluge de fleuves amers
Emporte avec lui les derniers monts
Et si longue qu’est l’érosion
Les pierres font des plaines un désert

Et dans un ciel dégringolant
Comme des étoiles mouchées
Dans deux ou trois éternuements
Fi des lueurs mouillées
Fi des regards empanachés
Le jour a de nouvelles dents

Comme il monte le soleil sauvage
Comme il sèche la timide rosée
Embrase les fétus de bon usage
Brise en éclats ces nuits fanées
Monte à l’assault des voiles déchirées
Monte son invasion de chaleur et de rage

Et avec lui le temps de la sécheresse
Ravines stériles et craquelures
Evaporées les belles promesses
Dilapidées jusqu’aux raclures
Fontaines ne sont plus que murmures
Puis toussent et gargouillent et cessent

Et alors ce geyser de douleur et de haine
Dresse une chandelle tangue et vacille
Le monde de sa zébrure malsaine
Profonde entaille en travers et cille
La déraison dépassée des deux cils
Un tonnerre de sabots crachés sur les plaines

A pétrifier les élans d’effroi
A geler les pensées vagabondes
Comme la bauté coule entre les doigts
Autant pour tous lâcher la bonde
Qu’un grand hiver s’abatte sur le monde
Et que tout meure par un grand froid

Gerçures ! Souffler les bougies
Quand elles balancent encore
Entre le doute et l’envie
Arracher leur mèche d’or
Lacérer griffes dehors
D’un crachat leur face ébahie

Gerçures ! Sur les collines
Semées de jeunes pousses
A l’ombre des ravines
Tendues d’herbe douce
Que sèche même la mousse
Et retombent les épines

Gerçures ! Claquer la porte
Chasser le miel et les mouches
Déballés les lézards sortent
Un vrai mur de lézards une douche
Qui trempe et fait cracher les souches
Sous des gelées de bouche mortes

Sur le bûcher flambant neuf
Cuire le pain qui restait sur la planche
Nid de scorpions restés dans l’oeuf
Tout un bestiaire pour une page blanche
Une envie pressante d’avalanche
Sur les pentes d’un joyeux bluff

Sur le bûcher d’une foi flétrie
Viennent les ombres ravivées
De leur langues inassouvies
Piétinent l’éclat mort-né
De rampes d’artifices trempées
Et les ronces de rire épanouies

Sur le bûcher les assaults redoublés
Comme fouettées les bûches défilent
Par frénésie d’un zélé timonier
Aux feux son sourire se profile
Que patience encore un peu s’effile
Point n’est venue l’heure de baîller

Torchères, enflammez vous
Si vous le pouvez encore
Et si votre sang bout
Pour quelques matador
Pour quelques reflets d’or
Puissiez vous dormir debout

Torchères au coeur déterminé
Aux yeux fermements éperdus
Pour un ticket enluminé
De sinueux chats perdus
De longs violons distordus
Et de bondissantes essaimées

Torchères de pacotille
Poudre d’ailes de papillon
Une aube vous éparpille
Et disperse vos sillons
En mer et vagues oscillations
Moi je retire mes billes

Les billes ne sont pas des perles
Des yeux de verre balancés
En travers de la dentelle
Ce qui ne brille pas ne doit pas briller
Sauf pour des yeux crevés
Révérence tirant formelle

Révérence assurément
D’automate désaccordé
Et quelque peu discordant
C’est que les ficelles sont coupées
Et le marionnettiste mangé
Par son propre palpitant

Par un orage de radiations
S’attablant effrontément
Que de cannibales attentions
S’offre le mal aimant
Ivre sire repoussant
Projetant d’ailleurs re-pulsations

Volte-face aux armées canines
D’une botte soudaine qui ne soit pas feinte
Mais le tranchant d’une seule pièce fine
Ni pile ni face qui même repeintes
Sont défraîchies par la longue plainte
D’acharnement au fond de la mine

Volte-face que les murailles
Se lèvent et piétinent
Et renversent la soldaille
Dénotent à note leur hymne
Par contre-salves assassines
Et contre-sauvent leur entrailles

Volte-face car enfin
Puisqu’il faut qu’on s’encanaille
Demain nous marcherons sur les mains
Poussés par la vision de nos entrailles
Laissées là comme de la paille
Pourrissant sur pied, malsain

Et puisque tourne le monde
On ne va pas rester comme un con
Bouche bée la face ronde
Et au ciel levant le front
En pissant saoûl nos illusions
Il est un peu tard pour les sondes

Et puisque la chair est faible hélas
Et l’esprit pure invention
Les livres restant de la paperasse
Il en pousse du poil au menton
C’est pas demain la révolution
A quoi bon jeter des caillasses

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